J’ai parcouru la Grande-Bretagne à vélo, plus de 2600 kilomètres seule et pour une association. Avant ça je ne me suis pas vraiment entraînée, je n’étais jamais partie seule en voyage, mes (quelques) voyages à vélo n’avait jamais dépassé 3 jours, j’avais bivouaquer que 2 fois, je n’étais même jamais allée de l’autre côté de la Manche et je ne savais pas changer une chambre à air. Pourtant je suis partie, je l’ai fait, et je suis revenue avec des émotions plein la tête. Le début de ce rêve a commencé quand j’avais un autre rêve dans le cœur. Juin 2021, je finis mes études et je n’ai pas d’idée pour la suite, je ne veux pas avoir d’idée. Je sais juste que je vais parcourir le monde. Je sais pas où, je sais pas comment, pas qui, pas quoi, même pas quand. Enfin si. Je pars ce mercredi avec mon sac à dos, de ma maison jusqu’à la mer. Après 300 mètres, je suis contente. Heureuse de partir avec ma liberté et mon sac à dos, seule avec mes pensées, un bonheur de vivre une incertitude voulue et un voyage tant attendu. Après 2 kilomètres, j’ai quand même mal au dos. Mon sac est lourd. Mais je n’ai jamais fait de marche en sac à dos de 30 kilos. C’est dur mais c’est sympa. En début d’après-midi, la pluie arrive, les averses, les trombes d’eau. C’est dur et c’est moins sympa. Au fur et à mesure des pas et des gouttes d’eau, les 21 kilomètres annoncés s’éternisent. Il pleut, j’ai mal au dos, je suis fatiguée, il y a encore une grosse montée, je sais pas où aller, j’en ai marre. Puis au bout de 30 kilomètres, j’arrive au camping, épuisée. Tout est remis en question. Je rêvais de voyages, de liberté, d’itinérance. Mais j’ai mal, je souffre, je fatigue, je m’épuise. Ce soir-là, au camping, seule dans ma tente, je suis un peu perdue et je sais pas quoi faire pour le lendemain. Le jeudi, je me réveille et mes épaules sont en feu, je suis paralysée de douleur. Ça va pas le faire. Je fais 1 kilomètre et j’appelle mon papa pour qu’il vienne me chercher. Pendant ces 15 minutes d’attente, je sais déjà que je repartirai le lendemain. Je ne peux pas abandonner. Je ne veux pas que mon rêve se solde par un échec. Je vais juste le faire autrement.
Je ne porterais pas mon sac à dos. Mes affaires seront en sacoches sur le porte-bagage. Ça ira plus vite mais je profiterai de sa lenteur quand même. Oui demain je repars à vélo. Je passe l’après-midi à me reposer et me préparer pour le lendemain. J’ai les vieilles sacoches de mon frère. Mon vélo d’ado. Et une envie irrépressible de repartir. Vendredi matin, je pars. Un bonheur. Chaque portion de route avalée est une évidence. Chaque salut du cycliste est une évidence. Cette façon de voyager est une évidence. Je suis heureuse. Je passe 3 jours sur le vélo pour terminer ce premier voyage mal commencé. Une première journée et une émotion nouvelle. Une deuxième journée un peu plus compliquée où je n’avais plus de batterie donc plus de moyen de localisation. J’ai retrouvé ma route en lisant les panneaux des arrêts de bus et en demandant aux gens. Et une troisième journée, somme toute, tout à fait normale. Je suis arrivée à la maison. J’ai directement cherché quoi faire en septembre prochain en attendant de faire un plus gros voyage l’été d’après. C’était lancé. J’allais voyager à vélo. Il ne restait plus qu’à savoir où.
